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Au delà des frontières d’un monde bipolaire

 

De nos jours, Mars reprend le rôle des Indes, aussi n’est-il pas complètement absurde de s’interroger sur la possibilité de découvrir un nouveau continent au potentiel insoupçonné dont nous ignorons l’existence sur la route de sa conquête. De le même manière que ce n’est pas l’or tant convoité qui nous a apporté le plus de richesses, mais plutôt les pommes de terre, les tomates, le maïs ou les haricots qui font l’ordinaire des cowboys de western. La course à l’espace pourrait, elle aussi, nous réserver quelques bonnes surprises qui bénéficieront aux bons vieux terriens que nous sommes.

 

 

Jusqu’ici, l’aventure spatiale a surtout servi a affirmer la suprématie des nations, après la bataille à laquelle se sont livrés les USA et l’URSS, ce sont l’Europe, le Japon, la Chine, l’Inde, le Brésil et maintenant l’Argentine qui sont à leur tour entrés dans le petit jeu de la comparaison de celui qui a la plus grosse, qui participent au concours de celui qui pisse le plus loin.

Les Etats-Unis ont incontestablement gagné la première manche face aux soviétiques. Ils ont su rentabiliser les investissements colossaux nécessaires à l’envoi d’êtres humains sur la Lune par la vente au grand public de produits dérivés tels que le PC (Personal Computer qui a contribué à la victoire contre le Parti Communiste. Le premier ordinateur, le Colossus, a été construit en Angleterre pendant la seconde guerre mondiale grâce aux travaux d’Alan Turing, dans le but de casser le code Lorenz. Il était le successeur de la « bombe électromécanique » qui a permis de déchiffrer les messages d’Enigma), tandis que les Russes se sont ruinés, ils ont su replanter là où les autres ont transformé leur environnement en désert stérile.

 

L’histoire de la conquête spatiale commence le 4 octobre 1957 avec le lancement de Spoutnik 1. Un projet que nous devons uniquement à la volonté de Sergueï Korolev, ce génial ingénieur qui a vu naître sa vocation après avoir lu les travaux de Constantin Edouardovitch Tsiolkovski. Il a dû passer une bonne partie de son temps à y rêver pendant les 6 années de sa vie qu’il a passé au goulag suite à la dénonciation calomnieuse -arrachée sous la torture- de son éternel rival Valentin Petrovitch Glouchko. Il ne doit son salut qu’à Andreï Nikolaïevitch Tupolev qui l’a intégré à son équipe de concepteurs d’avions de combat en 1940. Il y a participé à la conception des Katyusha, les fameuses orgues de Staline. Tout cela dans l’isolement d’une charachka, le premier cercle -de l’enfer- décrit par Soljenitsyne dans le livre du même nom. Il n’a été définitivement libéré qu’en 1944, en partie grâce à la recommandation personnelle de Glouchko, lui même revenu en odeur de sainteté pour sa compétence à exploiter les secrets de fabrication du V2 récupérés auprès de l’ennemi.

Au départ, l’idée d’envoyer en orbite une sphère métallique ,de 84 kg seulement, dont la seule fonction était d’émettre un bip-bip insignifiant n’a guère suscité l’enthousiasme des responsables soviétiques qui n’avaient d’intérêt que de développer un missile capable de délivrer une bombe atomique de 5 tonnes à 8 000 km de leur territoire, mais cela leur a permis de remporter le défi que les deux super-puissances s’étaient lancé en juillet 1955. La vague de terreur provoquée aux Etats-Unis par le passage au dessus de leur tête d’un engin conçu par l’ennemi communiste a su les convaincre de persister dans la voie de la satellisation d’objets divers. Le 3 novembre 1957, un mois à peine après le premier lancement, ils envoyèrent le premier être vivant dans l’espace, la pauvre chienne Laïka, morte quelques heures -7- seulement après son départ, à cause du stress et des températures extrêmes auxquelles elle était soumise. Les Russes ont longtemps gardé secret cet aspect de l’expérience, au profit de la légende de sa survie pendant 4 jours, puis de son euthanasie par de la nourriture empoisonnée pour éviter que la brave bête souffre inutilement de la soif ou du manque d’air.

Le gouvernement américain ne pouvait évidemment pas rester sans réaction face à cette menace. Il avait un atout dans sa manche pour ce faire, Wernher von Braun, l’ingénieur qui avait conçu les V2 pour le compte des nazis. Il a été accueilli a bras ouvert après que l’avancée soviétique l’ait forcé à fuir, sous la menace des SS qui avaient reçu l’ordre de l’éliminer pour préserver leurs secrets.(les conditions inhumaines de fabrication des V2 par des déportés du camp de Dora, qui dépendait de Buchenwald, ont fait plus de morts que leur utilisation contre l’ennemi. Après la guerre, Charles Sadron , un scientifique français interné pour faits de résistance, dira que Von Braun avait eu une attitude presque généreuse envers lui. Malgré son refus d’intégrer l’équipe de son homologue allemand; ce dernier tenta d’améliorer le triste sort du prisonnier. Ce fut sans succès). Il préféra se rendre au camp occidental plutôt qu’aux Russes qui l’auraient inévitablement interné au goulag pour sa participation à la réalisation des engins de mort commandés par le führer.

Ces premiers missiles de l’histoire ont essentiellement été utilisés pour bombarder Londres à partir d’octobre 1944. Ils étaient d’une précision toute relative et n’avaient pas la puissance requise pour atteindre l’orbite terrestre. Von Braun a donc été chargé de développer le missile Redstone qui, bien qu’insuffisamment puissant lui aussi, a servi à la construction de la fusée Jupiter-C, rebaptisée Juno-I pour son application civile. Ce n’est qu’une fois surmonté de deux étages supplémentaires composés de faisceaux de moteurs fusée Recruit que le Redstone a pu mettre en orbite basse le satellite Explorer-1, le 31 janvier 1958. Les instruments de mesure dont il était doté ont révélé l’existence de la ceinture magnétique qui entoure la Terre décrite par James Alfred Van Allen. Elle nous protège des tempêtes de particules mortelles provoquées par les éruptions solaires qui n’ont grâce à son action d’autre résultat que le spectacle féerique des aurores boréales. Ce rayonnement est l’un des grands dangers qui guette les voyageurs en direction de Mars, qui elle même n’offre pas de protection face à ce péril car son noyau a perdu la faculté de générer un champ magnétique suffisant en raison de son refroidissement.

 

Les Etats-Unis ont compris tout l’intérêt stratégique qu’il pouvait y avoir à envoyer des satellites artificiels tourner autour de notre planète quand un avion espion, un Lockheed U-2, a été abattu par un missile alors qu’il volait à plus de 20 000m d’altitude au-dessus du territoire soviétique, le 1er mai 1960; et cela grâce, entre autres, au travaux du camarade Korolev dont personne ne connaissait alors l’existence.

L’idée était simple, il suffirait de mettre un appareil photographique doté d’un objectif suffisamment performant (objet du programme KH pour keyhole) dans un satellite (programme Corona), puis de le faire survoler le territoire ennemi pour prendre des clichés qui révèleraient l’emplacement des sites de lancement des missiles intercontinentaux, dans le but de définir les objectifs à détruire en priorité en cas de conflit. Seul un petit détail empêchait que ces missions enregistrent un franc succès: la couverture nuageuse. En effet, la plupart des clichés ne montraient que la météo exécrable qui règne en général sur la Sibérie, point le plus proche du sol américain, donc le plus indiqué pour le genre d’installations recherchées. En toute logique, l’état major américain en a déduit la nécessité de la présence d’un opérateur humain qui déclencherait la prise de vue, uniquement dans le cas où la vue serait dégagée. Cela devint possible à partir de 1964 avec la mise en oeuvre du programme Gemini, successeur du programme Mercury que tout le mode connaît à travers le  film « L’étoffe des héros ». -Entre temps, Lockheed a pu développer le A-12 Oxcart puis le fameux SR-71 Blackbird qui reste l’avion le plus rapide jamais construit à ce jour, qui remplissait les mêmes missions à moindre frais, sa vitesse supérieure à Mach 2 lui permettant d’échapper aux missiles; plus de 2 500 ont été tirés sur lui sans qu’aucun ne parvienne à l’atteindre. Seul le superstatoréacteur ou scramjet en anglais, devrait permettre de faire tomber son record dans les prochaines années.- Les Soviétiques avaient un programme équivalent: Voskhod.

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