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Naissance du dernier empire européen (2ème partie)

Revenons à la guerre austro-prussienne de 1866. L’Autriche bénéficiait de l’aide de ses alliés, pour la plupart des états situés dans le sud de l’Allemagne actuelle. Il n’aura fallu que très peu de temps pour qu’ils soient battus par les forces prussiennes, soutenues par plusieurs états du nord et l’Italie. La guerre est déclarée le 19 juin 1866 et la bataille décisive à lieu à Sadowa le 3 juillet. La rapidité est est essentielle dans la stratégie de Bismarck pour éviter toute intervention étrangère, française ou russe. Il doit employer toute sa force de persuasion pour convaincre Guillaume Ier de ne pas faire marcher les troupes sur Vienne, mais au contraire d’arriver au plus tôt à un accord de paix avec l’Autriche.

Napoléon III servira d’intermédiaire entre les deux parties belligérantes lors des pourparlers de Nikolsburg le 26 juillet 1866. Ce dernier est encore une fois le dupe de Bismarck qui a déjà prévu que la France serait sa prochaine cible. Aussi la Prusse ne demande t-elle pas de réparations à l’Autriche pour le préjudice subi, de manière à ce qu’elle n’intervienne pas dans ce prochain conflit. Le traité de paix définitif est signé à Prague le 23 août, il accorde à la Prusse l’annexion des duchés du Schleswig et de Holstein, et place sous son autorité les état de Hanovre, de Hesse-Cassel, de Nassau ainsi que la ville libre de Francfort. La continuité entre les territoires de l’est et de l’ouest est alors établie, ce qui permettra d’acheminer les troupes à la frontière française sans encombre. Bismarck a pour but de sceller l’unité allemande en prenant une revanche sur le pays qui a provoqué l’éclatement du Saint-Empire Germanique au cours des campagnes napoléoniennes. Mais il ne veut absolument pas passer pour l’agresseur, ce qui risquerait d’inciter la Russie à intervenir.

Le chancelier continue alors sa politique de vexation envers la France. Le 2 juillet 1870, il rend publique la candidature du Prince Leopold Hohenzollern-Sigmarigen à la succession du trône d’Espagne resté vacant depuis la révolution de 1868. La France ne peut évidemment pas accepter de se retrouver encerclée par une force acquise aux intérêts prussiens. Le 9 juillet, l’ambassadeur français, le comte Benedetti, se rend à Ems où se repose le roi Guillaume Ier dans le but de le rencontrer, Bismarck étant prétendument introuvable à Berlin. Le 12 juillet, le père du prince annonce officiellement le retrait de la candidature de son fils; pris de vitesse, le chancelier prussien menace alors de démissionner si son roi reçoit à nouveau l’ambassadeur français. Une nouvelle entrevue impromptue a pourtant lieu le 13 juillet au matin lors de la promenade du roi. Le comte Benedetti presse le monarque de lui certifier qu’il ne consentira jamais plus à la candidature du prince en cas de revirement de la famille Hohenzollern, afin qu’il puisse télégraphier à l’empereur sur le champ. Le roi refuse assez sèchement, attendu qu’on ne devait ni ne pouvait prendre de pareils engagements à tout jamais. Il ajoute que l’ambassadeur est mieux informé que lui par Madrid et Paris, aucune information officielle ne lui étant encore parvenue. Lorsqu’il reçoit la lettre du prince l’informant de son renoncement au trône, il fait prévenir le comte Benedetti par son aide de camp, le Prince Radzwill, et qu’il n’a par conséquent plus rien à lui dire.

Le roi relate les évènements dans un télégramme à destination de Bismarck, l’incident aurait dû en rester là. Mais le chancelier va transformer la dépêche qui reste dans des termes acceptables pour la diplomatie afin qu’elle paraisse beaucoup plus insolente à l’égard du comte. Le lendemain elle paraît en ces termes dans les journaux français:

« Berlin, 13 juillet – On mande d’Ems. Après que la renonciation du prince Léopold de Hohenzollern eut été communiquée au gouvernement français par le gouvernement espagnol, l’ambassadeur de France a exigé de nouveau de Sa Majesté l’autorisation de faire connaître à Paris que pour tout l’avenir, Sa Majesté le Roi s’engageait à ne plus donner son autorisation, si les Hohenzollern revenaient sur leur candidature. Là-dessus, Sa Majesté le Roi a refusé de recevoir encore une fois l’ambassadeur et lui a fait dire par l’adjudant de service que Sa Majesté n’avait plus rien à lui communiquer.

D’après d’autres informations en provenance d’Ems, le Roi aurait fait dire à Benedetti qu’il aurait hautement approuvé la renonciation de son cousin au trône d’Espagne et qu’il considérait dès lors tout sujet de conflit comme écarté. » (source Wikipédia-Dépêche d’Ems-)

Primo, l’ambassadeur n’a jamais rien exigé du roi et secundo, le terme allemand Adjutant qui signifie aide de camp a sciemment été mal traduit pour faire croire que le diplomate avait été rembarré par un sous fifre insignifiant et non par un prince. La dernière phrase ne laisse aucun doute quant eu pacifisme prussien, toute réaction hostile de la part de la France la fera alors passer pour l’agresseur. Elle ne tarde pas à arriver, le plan de Bismarck est un succès.

Il en sera de même pour la guerre qui s’ensuivit. Comme en 1940, la défaite française n’est pas tant due à un armement inférieur qu’à une organisation déficiente. Seuls les canons prussiens, en acier, à chargement par la culasse, sont nettement plus performants que les français, en bronze qui sec chargent par la gueule. (les fuites à destination de l’Allemagne qui seront reprochées à Alfred Dreyfus 24 ans plus tard concernent les performances de l’artillerie. Cette affaire annonce toutes les horreurs de la première moitié de XXème siècle).

Même s’il ne manque pas un bouton de guêtre, l’armée n’est pas prête à un conflit contre une puissance qui a intégré l’utilisation des technologies modernes qu’elle a étudié lors de la guerre de Sécession puis rôdé pendant sa confrontation avec l’Autriche. En 1870, la mobilisation prussienne est massive, plus encore qu’elle ne le sera en 1914. Elle permet d’emblée d’acheminer 500 000 hommes à la frontière grâce à un réseau de chemin de fer fort bien développé alors que la France ne peut en aligner que la moitié à peine. Leur bravoure n’est pas à remettre en cause, mais le commandement n’est pas à la hauteur de l’enjeu, il n’a pas pris le mesure de la détermination prussienne, il ne croit pas à la stratégie offensive que les troupes allemandes coalisées vont adopter, aussi ne dispose t-il même pas des cartes détaillées des territoires qu’ils vont devoir défendre. Il arrivera que les troupes appelées en renfort soient obligées de chercher le lieu de la bataille au son du canon. Le temps qu’elles soient sur place, il sera évidemment trop tard.

Les prussiens quant à eux utilisent le télégraphe qu’ils déroulent au fur et à mesure de leur avancée pour communiquer efficacement. Si l’on ajoute l’inaptitude des officiers à utiliser efficacement les armements dont ils disposent contre une armée organisée à cause de leur habitude d’acquérir des victoires faciles dans les expéditions coloniales, on comprend mieux qu’il n’ait fallu qu’un mois pour que l’armée française se retrouve encerclée à Sedan et l’empereur fait prisonnier dans la foulée, le 2 septembre 1870. Cela explique aussi pourquoi les soldats des deux camps penseront que le conflit trouvera vite une issue lorsque la guerre sera à nouveau déclarée en 1914.

Le peuple de France ne peut accepter cette humiliante défaite, aussi la fin de l’Empire est-elle décrétée le 4 septembre 1870 pour laisser place au Gouvernement de la Défense Nationale, suite à l’envahissement de l’Assemblée Nationale par la foule qui soutient les députés républicains. Malgré cette organisation de la résistance contre l’envahisseur, Paris est encerclée à partir du 19 septembre. Strasbourg est prise le 28 septembre, Metz tombe le 27 octobre, les défaites succèdent aux défaites, tant et si bien que le roi Guillaume Ier de Prusse, sûr de sa victoire, finit par être proclamé Empereur le 18 janvier 1871, dans la galerie des glaces du château de Versailles, là où sera signé le traité mettant fin à la première guerre mondiale en juin 1919. (en juin 1940, Hitler fera signer l’armistice dans la clairière de Rethondes, dans le même wagon où la délégation allemande avait signé celle de novembre 1918, avant de le détruire.) Le gouvernement français signe l’armistice le 28 janvier 1871, puis un traité de paix préliminaire le 26 février après que Belfort ait reçu l’ordre de se rendre, le 18, sans toutefois être vaincue (ce qui explique que le Territoire de Belfort ait été exclu de l’annexion contrairement aux régions sous l’autorité de Strasbourg et Metz), toujours à Versailles. Il sera confirmé par un traité de paix définitif le 10 mai, à Francfort.

Plusieurs villes refusent cependant de se plier, Marseille, Lyon, Saint-Etienne, Narbonne, Toulouse, Le Creusot, Limoges déclarent la Commune à la suite de Paris qui a ouvert la voie le 18 mars. Elles furent toutes rapidement réprimées pour aboutir à la semaine sanglante du 21 au 28 mai dans la capitale. Cette première insurrection prolétarienne servira d’exemple aux révolutionnaires Russes de 1917.

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