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Naissance du dernier empire européen (1ère partie)

Dans la deuxième partie du 19ème siècle, la situation politique de l’Europe est aussi complexe que celle que dont nous avons hérité en ce début de 21ème siècle au niveau mondial. Elle est le fruit de la Révolution française qui a bouleversé l’équilibre des pouvoirs en liguant toutes les monarchies européennes contre la république, puis des guerres napoléoniennes menées en réaction à partir de 1802. L’une des principales conséquences de ces conflits aura été l’éclatement du Saint-Empire Romain Germanique qui occupait la position centrale du continent. Cela a abouti à sa partition entre, d’une part, l’Empire d’Autriche qui garde une certaine unité, et d’autre part, la Confédération du Rhin qui regroupe une multitude de petits Etats  autour d’une alliance militaire sans réelle cohérence politique.

La Prusse, restée extérieure à la confédération aura alors à cœur d’unifier cette entité disparate sous son autorité. Elle a déjà obtenu le rattachement de la Prusse Orientale, de la Posnanie, de la moitié nord de la Saxe et d’une grande partie de le Rhénanie et de la Westphalie au congrès de Vienne en 1815,  quand les grandes puissances victorieuses de Napoléon se sont partagé l’Empire. Elle a par la suite mis en place le Zollverein, une union douanière avec le Wurtenberg, la Thuringe et la Saxe en 1834, puis le pays de Bade et Nassau en 1835, Francfort en 1836 et finalement le Brunswick et le Luxembourg en 1842. Ces états adoptent une monnaie commune, le thaler prussien, et imposent des droits de douanes élevés aux produits étrangers, anglais en particulier, de manière à développer leur propre industrie sans avoir à subir la concurrence.

 

Otto von Bismarck a été le principal artisan de ce projet de constitution d’un nouvel empire. Il a bien sûr dû entreprendre des guerres contre ses voisins mais aussi ménager les grandes puissances impériales de manière pragmatique. Pour ce faire, il a élaboré la realpolitik qui subordonne la politique étrangère à l’intérêt national. Vu sa position centrale, Bismarck craignait plus que tout une alliance entre la France et la Russie qui le prendrait en étau et l’obligerait à mener une guerre sur deux fronts. Il s’est inspiré des œuvres de Machiavel pour éviter ce problème. Il rejoint en cela la vision pragmatique de la politique de la Grèce  antique ou  de la  Chine Impériale, en rupture avec l’esprit chevaleresque qui présidait en Europe depuis le Moyen-âge.

La première guerre qu’il entreprend est celle des Duchés en 1864. Elle vise à ramener dans le giron allemand les duchés du Schleswig, d’Holstein et du Lauenburg qui ont été annexés par le Danemark quelques mois plus tôt. Pour l’occasion, la Prusse s’allie avec l’Empire d’Autriche au nom de la défense de l’espace de l’ancien Saint-Empire Romain Germanique et de ses valeurs. La victoire leur est vite acquise, mais la gestion commune des duchés va servir de prétexte aux prussiens pour se retourner contre l’Autriche à laquelle ils vont déclarer la guerre en 1866.

La Prusse peut se le permettre car elle n’a plus à craindre l’intervention de la Russie qui a rompu son alliance avec l’Autriche suite à la guerre de Crimée de 1853-1856. Guerre au cours de laquelle les Habsboug ont rejoint la Grande-Bretagne et la France pour défendre l’Empire Ottoman et surtout empêcher la Russie d’avoir accès à la mer Noire, et par delà à la Méditerranée; dans l’intérêt des anglais qui tiennent à garder le contrôle de la route des Indes. Les français interviennent dans ce conflit pour rompre l’isolement dont ils sont victime depuis 1815;  les autrichiens parce qu’ils voient d’un mauvais œil l’expansionnisme russe à leur frontière et son influence sur les Balkans, bien qu’ils se soient déclarés neutres dans un premier temps. Cette attitude équivoque poussera le Tsar à réagir promptement lorsque l’Autriche-Hongrie entreprendra des représailles contre son allié serbe suite à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914. La guerre de Crimée a d’ailleurs été le premier conflit moderne impliquant le train et le télégraphe, prélude à ce que sera la première guerre mondiale. La Prusse qui n’a pas participé au conflit en Crimée ira quant à elle étudier le déroulement de la guerre de sécession de 1861-1865 pour se préparer à mener une guerre qui intègre au mieux les avancées technologiques de son époque.

Dans cette situation extrêmement compliquée, la grande force de Bismarck aura été de comprendre immédiatement que l’Autriche s’était considérablement affaiblie en s’attaquant à la Russie qui était jusqu’alors son alliée. Dès lors, il a joué en permanence avec les antagonismes de ses puissants voisins. Seuls les britanniques tentèrent d’imposer la paix entre la Prusse et l’Autriche en essayant de regrouper autour d’eux les pays européens, mais la France refusa de participer à cette initiative. D’une part parce qu’elle s’était engagée contre l’Autriche aux côtés des italiens qui voulaient leur indépendance, conformément au principe de nationalité ardemment défendu par Napoléon III qui veut qu’à un peuple corresponde un Etat; nous en subissons encore les conséquences à l’heure actuelle. Il obtient la Savoie et le Comté de Nice en récompense pour son aide. Et d’autre part parce que Bismarck avait convaincu l’empereur de son soutien au sujet de l’annexion de la Belgique, indépendante depuis 1830, et du Luxembourg, qui appartenait encore aux Pays-bas, en échange de sa non intervention dans la crise austo-prussienne, lorsqu’ils se sont rencontrés à Biarritz le 3 septembre 1865. L’Autriche quant à elle confie à la France le soin de remettre la Vénétie au vainqueur quel qu’il soit. Ceci dans le but de s’assurer de la neutralité de l’Italie, mais ce pays finit par s’allier à la Prusse malgré tout.

Le Roi Guillaume III des Pays-Bas finira par accepter de céder le Luxembourg  à la France pour 5 millions de florins lors de tractations secrètes, mais il subordonne la transaction à l’accord de la Prusse. L’affaire est alors révélée à l’opinion publique européenne, ce qui provoque l’indignation des peuples allemands qui considèrent le duché comme partie intégrante de l’espace germanique. Bismarck fait alors volte face. Ce camouflet infligé à Napoléon III provoque la colère de l’opinion publique française, la mobilisation des troupes est alors décrétée ainsi qu’en Prusse. Cette crise sera résolue par la voie diplomatique à l’occasion de la conférence de Londres de mai 1867: la France renonce à ses prétentions, le duché reste à la Hollande, en contrepartie il restera neutre en cas de conflit. Les relations franco-prussiennes s’en trouvent fortement dégradées, cet épisode laisse présager de la guerre de 1870.

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