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La spéculation coloniale ou l’explosion de la bulle papale

Penchons nous à présent sur le déroulement de l’expansion européenne à travers le globe. Si nous comparons le potentiel des différents protagonistes candidats à la suprématie coloniale, nous constaterons que rien ne s’est passé comme prévu. L’ Espagne avait l’avantage d’être la première sur le terrain, mais la France avait à la fois la puissance militaire et les ressources naturelles nécessaires à la conquête de nouveaux territoires. Rien ne laissait présager du triomphe de la pauvre Angleterre, récemment défaite, ou de la minuscule Hollande, pourtant, avec le recul, nous ne pouvons que constater que ce sont ces deux derniers pays qui ont su en tirer les plus gros bénéfices. Les prévisions dans le domaine de la colonisation étaient aussi hasardeuses que les investissements en bourse sur lesquels s’engagent les acteurs de la finance mondiale de nos jours.

 

La première chose que la monarchie espagnole ait fait après la découverte de ces nouveaux territoires a été de décréter que tout ce qui se trouve à plus de 370 lieues des côtes du Cap Vert, c’est à dire au delà de 46° de latitude ouest, lui appartenait de plein droit, d’après les termes du traité de Tordesillas signé en 1494 qui devait résoudre le conflit avec le Portugal qui se prévalait alors de la bulle papale Æterni regis édictée en 1481 par laquelle leur était accordée la possession de toutes les terres conquises par les chrétiens d’Afrique jusqu’aux Indes. L’Espagne a en quelque sorte fait breveter son invention (on appelle légalement inventeur celui qui découvre un trésor) de manière à la protéger de la concurrence des autres pays. Un peu plus tard, François Ier contestera la clause du testament d’Adam qui exclurait  la France du partage du reste du monde

Ce faisant, elle a épuisé ses ressources naturelles à vouloir l’exploiter seule. Les forêts qui ont servi à bâtir la flotte nécessaire pour ramener les richesses d’ outre mer ont alors laissé place au paysage de sierra désertique que nous connaissons. Un siècle et demi plus tard, fort de cette expérience désastreuse, Colbert, le ministre de Louis XIV, ordonnera que les arbres abattus pour la construction navale soient immédiatement replantés afin que la même chose ne se produise pas en France (la même précaution sera prise en vue du remplacement de la charpente du château de Versailles); ce qui explique en partie la tiédeur des Français en ce qui concerne l’aventure coloniale. Bien que dotée d’une large façade maritime, la France a privilégié l’ambition de devenir une grande puissance continentale, seul Richelieu aura été un ardent défenseur de la politique coloniale avant la Révolution. Il faudra ensuite attendre 1830, après que Napoléon ait échoué à unifier le continent pour que la colonisation devienne une priorité absolue.

 

Les premiers temps de la conquête des airs grâce à l’invention de l’aviation ont engendré une situation relativement similaire. D’un côté de l’Atlantique, les frères Wright ont déposé des brevets sur toutes les pièces qui composaient leur aéroplane et ils ont épuisé leur énergie en de nombreux procès au lieu de se consacrer au perfectionnement de leur machine qui leur aurait permis de garder leur avance, empêchant ainsi le développement de cette technologie dans leur pays. Pendant ce temps, de l’autre côté de l’océan, en France en particulier, l’aristocrate brésilien Santos-Dumont cédait à titre gracieux la licence de ses « demoiselles » a qui la lui demandait, avec la permission de les modifier selon leur gré. Au résultat, l’industrie aéronautique française était devenue florissante et tous les éléments qui composent un avion moderne avaient été inventés sur le vieux continent à la veille de la première guerre mondiale, tandis que les américains se sont retrouvés à la traîne, faute d’avoir su faire progresser les techniques de fabrication des avions en les partageant avec les ingénieurs les plus compétents. Il aura fallu attendre que les japonais attaquent Pearl Harbor pour que le gouvernement américain investisse massivement dans cette arme indispensable à la victoire pour réellement rattraper le retard pris sur les européens, même si la NACA(National Advisory Comitee for Aeronautics), ancêtre de la NASA a été crée dans ce but dès 1917. La France à quant à elle perdu son avance en dépensant des fortunes dans la construction de la ligne Maginot. Cela souligne encore une fois à quel point il est difficile de prévoir quel placement s’avèrera gagnant pour l’avenir.

 

De plus, le « brevet » espagnol avait une faille. Personne ne pouvait alors se douter que les quelques îles qui avaient été découvertes dissimulaient en fait le vaste continent Américain lorsqu’il a été déposé, ni que ce dernier s’étendrait plus à l’est que prévu. Ainsi le Portugal se trouva t-il à son tour doté d’un empire colonial en Amérique du Sud à partir du moment où Cabral découvrit le Brésil en 1500, tout en respectant les closes du traité signé sous l’égide du pape Alexandre VI.

 

Aujourd’hui encore, cette manière quelque peu cavalière de s’approprier les choses n’est pas totalement révolue. Elle ne concerne plus la terre mais le savoir. A l’époque, il suffisait d’être muni d’une simple lettre signée par le souverain et d’y indiquer les coordonnées du lieu pour en revendiquer la pleine propriété, de nos jours il suffit d’analyser une plante pour en extraire le principe actif pour revendiquer l’exclusivité de son exploitation, comme le dit un Indien (un vrai, d’Inde), dans un reportage à propos d’un arbre que son peuple utilise depuis des millénaires pour sa capacité à protéger des caries. Même le ministre de la santé de ce pays s’est indigné du procédé. Les pauvres du monde entier ont compris maintenant qu’il ne faut pas montrer ses petits secrets de fabrication aux étrangers sous peine de se les faire voler et de devoir payer des droits pour continuer à les utiliser. Le lobby pharmaceutique aurait par exemple réussi à faire interdire la vente des plantes médicinales en Europe à partir d’avril 2011 selon la rumeur.

Le problème est identique avec les OGM, les semanciers introduisent un gène dans une plante qu’ils vendent à prix d’or, sans tenir compte du travail de sélection effectué par les paysans depuis 11 000 ans sans lequel ils ne seraient rien. De plus il faut acheter les produits phytosanitaires et autres désherbants à la même industrie agro-alimentaire pour que la culture soit rentable et pour finir, vendre sa récolte à la grande distribution ou aux industriels qui décident de son prix, sans parler des spéculateurs qui le font varier dans des proportions délirantes d’une année à l’autre. Rien de tel que ce climat pour que mûrissent « les raisins de la colère ».

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