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Archive for décembre 2010

Un vent de réforme venu du nord

Ce n’est qu’avec la Réforme protestante initiée par Calvin en 1517 que nous pouvons dire avec certitude que la période de transition entre Moyen Age et époque moderne s’est achevée. Le Saint Empire Germanique s’est alors retrouvé de fait divisé en deux entités distinctes, l’une fidèle au Pape au sud et l’autre progressivement gagnée par les idées réformistes au nord. Elle sera bientôt rejointe par l’Angleterre dans sa démarche schismatique, sous l’impulsion d’Henri VIII, désireux de s’affranchir de l’autorité papale pour obtenir l’annulation de son mariage avec sa première épouse espagnole, Catherine d’Aragon. Les Pays Bas espagnols lassés de la politique ultra-catholique de Philippe II, et accessoirement de payer annuellement 2 millions de livres d’impôts sur les 5 que percevait la couronne, soit plus que n’importe quel autre territoire, colonies comprises, adopteront à leur tour le culte protestant lorsqu’ils prendront leur indépendance en 1581 au cours de la guerre de 80 ans (1568-1648).

La France, quant à elle, adoptera une position intermédiaire avec la promulgation de l’édit de Nantes, qui reconnaît la liberté de culte de chacun en 1598, grâce à Henri IV, lui même protestant converti pour la bonne raison que « Paris vaut bien une messe ».

 

Il semblerait donc que l’organisation décentralisée de l’Eglise Protestante ait été l’une des clefs du succès de l’entreprise coloniale. Nous noterons au passage que la séparation entre ces deux entités correspond aussi à la frontière entre l’empire Romain et les provinces barbares. En dehors des considérations religieuses, il ne faudrait par conséquent pas négliger l’influence des conceptions politiques des Vikings qui se dotèrent d’un régime démocratique à partir de l’an Mil, à quelques années près. C’est d’ailleurs à cette époque que Leif Ericsson, fils d’Erik le Rouge qui, suite à son bannissement de Norvège puis d’Islande, découvrit le Groenland (le Pays Vert, il y a donc de quoi s’interroger quant au climat de cette période), visita le Vinland, vraisemblablement situé sur le continent Américain, peut être à Terre Neuve ou dans le nord de l’état du Maine. L’Histoire n’est-elle pas un éternel recommencement?

 

On nous parle sans cesse de l’origine chrétienne de l’Europe, mais on néglige un peu trop le rôle des peuples païens du nord qui ont longtemps résisté à l’évangélisation que Charlemagne voulait leur imposer. Il n’a jamais pu s’emparer du Danemark Charles Martel, son grand-père, s’y était déjà cassé les dents.

Nous voyons les peuples scandinaves comme des pillards sanguinaires, mais il ne faut pas oublier que leur histoire nous a été racontée par des religieux qui avaient tout intérêt à nous les présenter sous ce jour, comme les américains avaient intérêt à faire de Saddam Hussein un dangereux terroriste doté d’armes de destruction massive. (ce n’était pas un ange, mais c’est surtout son peuple qui a souffert de ses abus de pouvoir. L’occident l’a incité à faire la guerre à l’Iran, lui a fourni les armes pour ce faire, elles lui ont aussi servi pour massacrer les kurdes et beaucoup de soldats sont morts pour défendre nos intérêts. Par la suite il a envahi le Koweit parce que celui-ci voulait dépasser les quotas d’exportation de pétrole qui lui étaient imposés, ce qui aurait fait chuter les prix et par conséquent empêché que l’Irak ruiné par la guerre puisse se redresser. Quand le peuple s’est soulevé contre son dictateur pendant la guerre du Koweit, avec nos encouragements, les chars américains ont fait demi-tour au milieu du désert car leur mandat ne les autorisait pas à envahir l’Irak ce qui à permis à la garde républicaine de Saddam d’écraser la révolte dans le sang. Il n’est pas le seul responsable pour tous ces crimes. Le mensonge est une arme à part entière; le doute, un bouclier pour s’en protéger.) La volonté du roi des Francs de contrôler les routes commerciales du nord s’explique par la mainmise des arabes sur le commerce en Méditerranée qui n’a cessé de prendre de l’ampleur à partir du 7ème siècle. Il voulait rompre l’isolement qui risquait d’asphyxier l’économie du royaume.

 

Les Vikings étaient essentiellement des marchands. Ils pratiquaient déjà le commerce avec les romains et avant cela avec les tribus germaniques qui avaient une culture similaire à la leur. Les premiers raids eurent lieu à partir du moment où la prima signatio, le petit baptême chrétien, leur a été imposé pour qu’ils puissent continuer à exercer leur activité. Certains ont intégré le Christ dans leur panthéon sans rechigner, mais d’autres ont catégoriquement refusé de se soumettre à cette obligation.

Les raids se sont intensifiés après la destruction de l’Irminsul (un arbre ou un totem sacré censé faire le lien entre la terre et le ciel) ordonnée par Charlemagne en 772. Ils visaient alors principalement les édifices religieux. Ils prirent leur revanche lorsque leurs guerriers se sont emparés d’Aix-la-Chapelle en 882; ils profanèrent la sépulture de l’empereur et détruisirent rageusement les reliques sacrées qui l’entouraient.

Contrairement aux Chrétiens ou aux Romains, les vikings ne cherchaient pas à imposer leurs croyances aux peuples conquis, de même qu’ils n’ont pas partout pratiqué la colonisation en installant leur propre gouvernement. Ils se sont vite assimilés à la population locale dans de nombreuses régions, tout en restant les interlocuteurs privilégiés pour le commerce avec leur ethnie d’origine. Ce faisant, ils ont fini par constituer un réseau d’échange informel qui couvrait toute les côtes de l’Europe du nord, jusqu’à l’Angleterre et l’Irlande. Cette culture commerciale a fini par prendre corps à partir de la fondation de Bergen, en Norvège, décidée par Olaf III en 1070 pour aboutir à la création de la Hanse, association des villes marchandes de toute cette zone d’influence dont Hambourg et Lübeck furent les pionnières en 1241. Cette union économique entre les villes a été le prélude à ce que sera la Communauté Economique Européenne près de 700 ans plus tard. La plupart des pays qui ont bénéficié de cette organisation sont par la suite devenus protestants, comme une résurgence de la mémoire de l’indépendance dont les Vikings avaient fait preuve en leur temps qui reprendrait en écho l’antique opposition entre monde romain et monde barbare. La Hanse a été définitivement dissoute en 1648, année de la fin de la guerre de 80 ans entre les Pays-Bas et l’Espagne.

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Au coeur de l’ibère

A partir de la découverte du Nouveau Monde, la concurrence fit rage entre le Portugal et l’Espagne. L’expansion portugaise étant limitée à l’ouest, les lusitaniens se concentrèrent sur l’ouverture d’une voie maritime vers les Indes passant par le sud du continent Africain qui contournerait le quasi monopole exercé par la République de Venise en Méditerranée, hégémonie à l’origine de la recherche d’une fenêtre qui permettrait l’accès aux richesses de l’océan Indien en évitant la porte italienne ouverte par Marco Polo deux siècles auparavant.(il est assez amusant de constater qu’une bonne partie de l’or qui ornait les monuments chinois qui ont tant émerveillé le marchand vénitien provenait en fait de sa région d’origine, de l’époque où les romains achetaient de grandes quantités de soie pour vêtir leurs plus nobles représentants. En effet, l’empire du milieu n’acceptait que le précieux métal en contrepartie de l’inestimable tissus à l’exception de toute autre marchandise. Tant et si bien qu’il a fallu édicter une loi en interdisant le port aux hommes quand les mines d’Espagne sont venues à s’épuiser. Il n’est dès lors pas étonnant que le secret de la fabrication de la soie ait été si jalousement gardé, quiconque s’aventurait à vouloir emporter des vers en dehors du pays était puni de mort. De nos jours ils ont adopté la stratégie inverse, ils veulent bien faire du commerce, mais à la condition qu’on leur livre nos secrets de fabrication, cela s’avère tout aussi efficace.) En 1498, Vasco de Gama doubla le Cap des Tempêtes, bientôt rebaptisé Cap de Bonne Espérance.

L’indépendance chèrement acquise du royaume Portugais vis à vis de son voisin Espagnol prit fin en 1578 avec la bataille d’Alcàcer-Quibir au cours de laquelle mourut le roi Sébastien Ier. Philippe II d’Espagne fut désigné comme son successeur en 1580; celui-ci laissa toutefois une large autonomie au Portugal en ce qui concerne l’administration du pays et l’exploitation des colonies.

Il ne faudra qu’une petite centaine d’années pour que la domination de la péninsule ibérique sur le commerce mondial prenne fin avec l’épisode de l’Invincible Armada en 1588 qui mit un terme au rêve d’unité européenne sur le modèle de l’empire carolingien qu’avait initié Charles Quint. Après cela nul ne pouvait plus contester la puissance de la marine de guerre anglaise.

 

Les nombreuses guerres financées par la manne coloniale et menées au nom de la supériorité de la foi catholique n’auront engendré qu’un cuisant échec. Ces deux empires s’effondreront définitivement lorsque Napoléon tentera à son tour de reconstituer l’entité voulue par Charlemagne en son temps (qui lui-même s’inspirait de la Pax Romana de l’ Antiquité; sa fin avait sonné le glas de cette période historique pour laisser place au Moyen Age quelques dizaines d’années plus tard; comme toujours les dates diffèrent selon les historiens lorsqu’il s’agit de définir le début ou la fin des grands cycles. Nous vivons actuellement l’un de ces moments clefs difficiles à cerner, les réformes économiques engagées par Deng Xiaoping à partir de 1979 pourraient tout aussi bien que la chute du mur de Berlin être considérées comme le début d’une ère nouvelle). Bien que la tentative d’invasion de l’empereur des Français se soit avérée infructueuse dans cette région de l’Europe en raison de la résistance acharnée du peuple ibère, les colonies d’ outre mer profitèrent de la vacance temporaire du pouvoir central pour proclamer leur indépendance, à la différence notable que la colonie portugaise à su garder son unité grâce à l’exil du régent Jean VI au Brésil tandis que l’empire espagnol s’est retrouvé morcelé en une multitude de petits pays; ce qui reflète parfaitement les dissensions internes entre les provinces espagnoles qui s’expriment encore aujourd’hui.

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La spéculation coloniale ou l’explosion de la bulle papale

Penchons nous à présent sur le déroulement de l’expansion européenne à travers le globe. Si nous comparons le potentiel des différents protagonistes candidats à la suprématie coloniale, nous constaterons que rien ne s’est passé comme prévu. L’ Espagne avait l’avantage d’être la première sur le terrain, mais la France avait à la fois la puissance militaire et les ressources naturelles nécessaires à la conquête de nouveaux territoires. Rien ne laissait présager du triomphe de la pauvre Angleterre, récemment défaite, ou de la minuscule Hollande, pourtant, avec le recul, nous ne pouvons que constater que ce sont ces deux derniers pays qui ont su en tirer les plus gros bénéfices. Les prévisions dans le domaine de la colonisation étaient aussi hasardeuses que les investissements en bourse sur lesquels s’engagent les acteurs de la finance mondiale de nos jours.

 

La première chose que la monarchie espagnole ait fait après la découverte de ces nouveaux territoires a été de décréter que tout ce qui se trouve à plus de 370 lieues des côtes du Cap Vert, c’est à dire au delà de 46° de latitude ouest, lui appartenait de plein droit, d’après les termes du traité de Tordesillas signé en 1494 qui devait résoudre le conflit avec le Portugal qui se prévalait alors de la bulle papale Æterni regis édictée en 1481 par laquelle leur était accordée la possession de toutes les terres conquises par les chrétiens d’Afrique jusqu’aux Indes. L’Espagne a en quelque sorte fait breveter son invention (on appelle légalement inventeur celui qui découvre un trésor) de manière à la protéger de la concurrence des autres pays. Un peu plus tard, François Ier contestera la clause du testament d’Adam qui exclurait  la France du partage du reste du monde

Ce faisant, elle a épuisé ses ressources naturelles à vouloir l’exploiter seule. Les forêts qui ont servi à bâtir la flotte nécessaire pour ramener les richesses d’ outre mer ont alors laissé place au paysage de sierra désertique que nous connaissons. Un siècle et demi plus tard, fort de cette expérience désastreuse, Colbert, le ministre de Louis XIV, ordonnera que les arbres abattus pour la construction navale soient immédiatement replantés afin que la même chose ne se produise pas en France (la même précaution sera prise en vue du remplacement de la charpente du château de Versailles); ce qui explique en partie la tiédeur des Français en ce qui concerne l’aventure coloniale. Bien que dotée d’une large façade maritime, la France a privilégié l’ambition de devenir une grande puissance continentale, seul Richelieu aura été un ardent défenseur de la politique coloniale avant la Révolution. Il faudra ensuite attendre 1830, après que Napoléon ait échoué à unifier le continent pour que la colonisation devienne une priorité absolue.

 

Les premiers temps de la conquête des airs grâce à l’invention de l’aviation ont engendré une situation relativement similaire. D’un côté de l’Atlantique, les frères Wright ont déposé des brevets sur toutes les pièces qui composaient leur aéroplane et ils ont épuisé leur énergie en de nombreux procès au lieu de se consacrer au perfectionnement de leur machine qui leur aurait permis de garder leur avance, empêchant ainsi le développement de cette technologie dans leur pays. Pendant ce temps, de l’autre côté de l’océan, en France en particulier, l’aristocrate brésilien Santos-Dumont cédait à titre gracieux la licence de ses « demoiselles » a qui la lui demandait, avec la permission de les modifier selon leur gré. Au résultat, l’industrie aéronautique française était devenue florissante et tous les éléments qui composent un avion moderne avaient été inventés sur le vieux continent à la veille de la première guerre mondiale, tandis que les américains se sont retrouvés à la traîne, faute d’avoir su faire progresser les techniques de fabrication des avions en les partageant avec les ingénieurs les plus compétents. Il aura fallu attendre que les japonais attaquent Pearl Harbor pour que le gouvernement américain investisse massivement dans cette arme indispensable à la victoire pour réellement rattraper le retard pris sur les européens, même si la NACA(National Advisory Comitee for Aeronautics), ancêtre de la NASA a été crée dans ce but dès 1917. La France à quant à elle perdu son avance en dépensant des fortunes dans la construction de la ligne Maginot. Cela souligne encore une fois à quel point il est difficile de prévoir quel placement s’avèrera gagnant pour l’avenir.

 

De plus, le « brevet » espagnol avait une faille. Personne ne pouvait alors se douter que les quelques îles qui avaient été découvertes dissimulaient en fait le vaste continent Américain lorsqu’il a été déposé, ni que ce dernier s’étendrait plus à l’est que prévu. Ainsi le Portugal se trouva t-il à son tour doté d’un empire colonial en Amérique du Sud à partir du moment où Cabral découvrit le Brésil en 1500, tout en respectant les closes du traité signé sous l’égide du pape Alexandre VI.

 

Aujourd’hui encore, cette manière quelque peu cavalière de s’approprier les choses n’est pas totalement révolue. Elle ne concerne plus la terre mais le savoir. A l’époque, il suffisait d’être muni d’une simple lettre signée par le souverain et d’y indiquer les coordonnées du lieu pour en revendiquer la pleine propriété, de nos jours il suffit d’analyser une plante pour en extraire le principe actif pour revendiquer l’exclusivité de son exploitation, comme le dit un Indien (un vrai, d’Inde), dans un reportage à propos d’un arbre que son peuple utilise depuis des millénaires pour sa capacité à protéger des caries. Même le ministre de la santé de ce pays s’est indigné du procédé. Les pauvres du monde entier ont compris maintenant qu’il ne faut pas montrer ses petits secrets de fabrication aux étrangers sous peine de se les faire voler et de devoir payer des droits pour continuer à les utiliser. Le lobby pharmaceutique aurait par exemple réussi à faire interdire la vente des plantes médicinales en Europe à partir d’avril 2011 selon la rumeur.

Le problème est identique avec les OGM, les semanciers introduisent un gène dans une plante qu’ils vendent à prix d’or, sans tenir compte du travail de sélection effectué par les paysans depuis 11 000 ans sans lequel ils ne seraient rien. De plus il faut acheter les produits phytosanitaires et autres désherbants à la même industrie agro-alimentaire pour que la culture soit rentable et pour finir, vendre sa récolte à la grande distribution ou aux industriels qui décident de son prix, sans parler des spéculateurs qui le font varier dans des proportions délirantes d’une année à l’autre. Rien de tel que ce climat pour que mûrissent « les raisins de la colère ».

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Auto da fé – acte de foi

Maintenant que la comparaison entre les deux époques, la nôtre et la fin du Moyen Age (voir article précédent), est établie, précisons tout de suite qu’il n’est pas question de désigner une attitude, l’expédition de Christophe Colomb, comme étant le « bien » et l’autre, l’Inquisition, comme étant le « mal ».
La colonisation qui a suivi la découverte du Nouveau Monde a engendré l’esclavage des Africains et le génocide des peuples autochtones d’Amérique et plus tard d’Océanie. Pour que les territoires nouvellement découverts deviennent un paradis sur terre, il fallait d’une part faire comme s’ils avaient dès l’origine été réservés par Dieu à l’usage des croyants, donc de ne reconnaître aucun droit de propriété aux populations locales, et même s’arroger le droit d’éliminer celles qui refuseraient de se soumettre à la volonté divine en se convertissant. Et d’autre part, il fallait que les colons puissent profiter des richesses sans qu’ils n’aient besoin de travailler par eux-mêmes. N’oublions pas que nous sommes à l’époque féodale et que les nobles espagnols exploitaient leurs serfs sans que cela ne leur pose de problème de conscience, ce n’est que bien plus tard que le travail est devenu une valeur qui permet l’épanouissement de l’âme. Cette situation a perduré jusque dans la première moitié du XXème siècle, de même que dans le sud de l’Italie. Ils ne pouvaient simplement pas dépeupler leurs fiefs d’Espagne pour produire de la richesse outre-mer. Cela a donné lieu à la controverse de Valladolid, en 1550-1551, lorsque Charles Quint voulut que les conquêtes dans le Nouveau Monde se fassent avec justice et en sécurité de conscience. Les villes des civilisations précolombiennes ayant fortement impressionné les conquistadores, il ne faisait aucun doute que les « indiens » étaient dotés d’une âme, ce sont donc les Africains qui n’avaient pas de telles cités qui ont été désignés comme source intarissable de main d’œuvre. Certains discours ont encore les mêmes relents nauséabonds de nos jours. Les conclusions de ce débat initié par la très sainte Espagne sous l’égide du Pape seront adoptées par tous les pays colonisateurs, même ceux devenus entre temps protestants ne s’interrogeront plus sur le bien fondé de leur politique esclavagiste.  Lorsque La Fayette a demandé a son ami George Washington d’abolir l’esclavage après la guerre d’indépendance des Etats-Unis (1775-1783), il lui a tout simplement répondu: « Mais qui va travailler alors. ».
Bien qu’elle ait mauvaise réputation,l’Inquisition a quant à elle posé les bases de la justice telle que nous la connaissons aujourd’hui encore, avec son enquête à charge, mais aussi à décharge. La procédure inquisitoire différait en fait assez peu des procédures pénale civiles, elle s’inspirait beaucoup du droit romain. Cette juridiction n’utilisait pas plus la torture que les autres, voire même moins, lorsque le suspect avouait spontanément il était le plus souvent condamné à une peine légère, un pèlerinage, première forme de tourisme qui permettait de rencontrer des gens de toutes les régions d’Europe et a favorisé les échanges de savoir entre les populations en plus de renforcer le sentiment d’appartenir à une entité homogène, la Chrétienté, lorsqu’il s’effectuait à St Jacques de Compostelle après que las Sarrasins en eurent été chassés; et quand le cas était complexe, l’inquisiteur devait réunir un collège d’hommes choisis pour leurs bonne mœurs pour l’assister dans sa prise de décision, ce qui aboutira à la constitution des jurys populaires que nous connaissons. Cette juridiction à surtout été utilisée abusivement lorsqu’il s’agissait de régler des problèmes de pouvoir, comme se fut le cas pour les Templiers. L’Inquisition espagnole a quant à elle beaucoup servi à forger l’unité du pays autour du rejet de l’autre, les sujets de confession juive en l’occurence, tout d’abord incités à se convertir, puis soupçonnés de continuer à pratiquer clandestinement sa religion pour les Conversos et finalement expulsés du pays suite à un décret d’Isabelle la Catholique.

L’Histoire est une suite de décisions qui ont pour la plupart conduit tôt ou tard à des évènements moralement condamnables. Il s’agit ici uniquement de décrire l’opposition qu’il peut y avoir entre la manière d’envisager les choses selon que l’on se place du point de vue d’un monde ouvert, qui a conduit à la colonisation ou fermé, qui a donné l’inquisition. Nous n’échapperons de toute façon ni à l’une ni à l’autre tendance, nous ne pouvons qu’essayer d’en éviter les dérives; Autant que faire se peut.

Emancipate yourself from mental slavery
None but ouselves can free our mind
Have no fear for atomic energy
Cause none a them can stop the time
Bob Marley  « Redemption song »

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La victoire et la crise, Christophe Colomb et l’Inquisition

De nos jours nous voyons l’année 1492 comme celle de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb et nous l’associons au début de l’expansion européenne à travers le monde. Elle est à l’origine d’un formidable élan économique, préambule à ce que sera le rêve américain au 19ème siècle avec la conquête de l’ouest. Mais cette même année est aussi celle de la prise de Grenade, achèvement de la Reconquista, menée sous la férule d’Isabelle la Catholique, qui met un terme à 800 ans de présence arabe en Espagne. Soit la conclusion d’un mouvement de fermeture du continent européen initié en 1453 avec la chute de Constantinople qui devient capitale des Ottomans. La même période est marquée par la fin des conflits entre la France et l’Angleterre qui s’étalent entre 1337 et 1453 que nous connaissons sous le nom de « guerre de cent ans ». Ce n’est qu’à partir de ce moment que la Méditerranée devient une frontière pour la Chrétienté. Chacun se trouve dorénavant chez soi, aussi cette notion d’unité religieuse peut alors être remplacée par celle, territoriale, d’Europe. Cette situation nouvelle a provoqué la séparation des églises catholiques et protestantes quelque années plus tard, puis declenché les guerres de religion.

 

Mais pour les contemporains de l’époque la situation devait paraître beaucoup plus sombre que nous ne nous l’imaginons à présent, en témoigne le succès de l’inquisition incarnée par Torquemada, Grand Inquisiteur de sinistre mémoire (à partir de 1483), et l’écriture du « Malleus Maleficarum », « le marteau des sorcières » du non moins sinistre Heinrich Kramer -Henri Institoris-, qui fut largement diffusé grâce à la récente invention de l’imprimerie par Johannes Gensfleich dit Gutenberg, et ce malgré son interdiction par les autorités ecclésiastiques peu après sa publication (publié en 1486, interdit en 1490).

 

Arrêtons-nous un instant sur l’épisode peu glorieux de notre histoire qu’a constitué la « chasse aux sorcières ». Elle a fait plus de victimes dans les régions où l’état n’assurait pas sa fonction de redistribution de la richesse mais se contentait de protéger les intérêts des individus les mieux lotis.(source: « celles qu’on disait sorcières », reportage Arte) Les hivers de la fin du XVème siècle étaient particulièrement froids et longs, par conséquent les récoltes avaient du mal à couvrir les besoins de la population.

 

Institoris avait bien essayé d’instiller sa funeste doctrine avant que la situation économique ne se dégrade de manière catastrophique, mais il n’a tout d’abord pas eu le succès escompté. Il a commencé par faire le tour des villages d’Alsace de sa propre initiative, mais il était systématiquement chassé par les édiles locaux, personne ne prenait encore au sérieux ses élucubrations concernant les sorcières. Aussi s’est-il retiré pour demander au Pape Innocent VIII la permission d’entreprendre la rédaction de son ouvrage; elle lui fut accordée.

Colomb a lui aussi rencontré les pires difficultés, il a dû faire le tour de toutes les cours du continent pour trouver le financement nécessaire à l’entreprise de son voyage avant de le trouver auprès de la couronne espagnole.

 

L’organisation de l’économie de l’époque n’était certes pas aussi complexe que celle que nous connaissons à présent, la crise d’alors n’est pas imputable à l’incurie d’une poignée de banquiers cupides. On leur attribue d’ailleurs un peu vite l’entière responsabilité de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement alors que les états sont loin d’y être étrangers. La Fed, la banque centrale américaine, en particulier. Elle a inondé le marché avec de l’argent à faible taux d’intérêt après les attentats du 11 Septembre de crainte que la consommation ne s’écroule. Contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire, tout le monde savait qu’à prêter sur la valeur hypothétique des biens immobiliers, calculée sur la base d’une croissance aussi forte que constante, à des ménages insolvables à long terme, l’économie finirait par plonger. Ceci étant dit, il ne faudrait pas que nous nous voilions la face en désignant à notre tour un bouc émissaire qui nous exonèrerait de toute responsabilité, les consommateurs/électeurs que nous sommes y ont aussi trouvé leur compte en empruntant à peu de frais pour vivre au-dessus de leurs moyens avant d’être rattrapés par la réalité et que les taux des emprunts flambent. Après le choc provoqué par l’effondrement des Twin Towers, ce n’était vraiment pas le moment d’en rajouter une couche en révélant l’extrême fragilité de notre économie, cet aveu de faiblesse aurait eu un effet désastreux sur une population déjà suffisamment ébranlée. Nous avons obtenu un peu de sursis. Nous sommes tous un peu complices de la catastrophe à un certain degré. Ceux qui en connaissaient les conséquences le sont plus.

Les responsables de la fin du Moyen-Age/ début de l’ère moderne avaient fait le même calcul en tablant sur un accroissement des récoltes pour les années futures. Ce pari ne s’est, hélas, pas révélé gagnant en raison des intempéries à répétition dues à l’apparition du petit âge glaciaire, ce qui a favorisé les exactions commises au nom de la doctrine inquisitoriale.

La même chose se passe encore en ce moment pour certains paysans Indiens qui ont choisi du cultiver du coton transgénique BT. Endettés jusqu’au cou par l’achat des semences puis, des pesticides et engrais dont ils n’auraient théoriquement pas dûs avoir besoin. 200 000 se sont suicidés entre 2000 et 2010. En réaction, la guérilla maoïste gagne du terrain et le gouvernement la réprime de plus en plus sévèrement sans distinction.

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Plus dure sera la chute

Depuis la chute du mur de Berlin qui a surpris tout le monde en 1989 et la victoire de l’Occident sur le bloc communiste qui s’ensuivit en conséquence, notre civilisation manque cruellement d’un projet fédérateur qui pourrait nous faire espérer en un avenir meilleur. Du jour au lendemain l’ennemi avait disparu, nous n’avions plus à craindre la destruction de notre mode de vie sous un déluge de bombes atomiques.

Ce bouleversement a radicalement modifié l’équilibre auquel nous étions habitués depuis 50 ans. Trop heureux que cette menace ne pèse plus au-dessus de nos têtes, nous n’avons pas tout de suite compris que cela voulait aussi dire qu’il n’y avait plus d’ailleurs vers lequel nous aurions pu aller au cas où nous en aurions eu assez du consumérisme inhérent au système capitaliste. Nous avons perdu la possibilité d’agiter le spectre du péril rouge pour faire pression sur nos gouvernements quand ils poussent le bouchon un peu trop loin; il ne fait plus peur à personne. Nous nous sommes retrouvés tout aussi piégés que ceux qui vivaient naguère derrière le rideau de fer.Aujourd’hui nous n’avons plus à notre disposition que l’option d’aller emmerder les tribus d’Amazonie ou les peuplades de Sibérie, dûment accompagnés par Frédéric Lopez, si nous voulons goûter à la liberté d’expérimenter un mode de vie alternatif.

L’avènement d’internet quelques années plus tard n’a fait que renforcer l’impression de rétrécissement de la planète et la règle qui permet d’espionner les moindres faits et gestes de ceux qui se livrent sur la toile a fini d’achever de faire du vaste monde un village global où nous vivons en permanence sous le regard des autres, qu’ils soient amis, mais aussi commerçants ou gens d’arme. Il n’y a pas que la pollution de l’air qui ait rendue étouffante l’atmosphère de ce début de 21ème siècle. Bref, il n’y a plus d’espace pour accueillir nos rêves.

Nous nous sommes soudainement rendu compte que rien n’était prévu pour ce qui adviendrait du monde après le triomphe de nos idées. Cette situation est loin d’être inédite dans l’histoire, tous les grands empires s’y sont trouvés confrontés le jour où ils sont passés d’un système ouvert qui laissait entrevoir la croissance par la perspective de conquêtes nouvelles à un système fermé dont l’ordre ne peut que décroître d’après les lois implacables de la thermodynamique. C’est en cela que d’aucuns ont invoqué la fin de l’Histoire, mais nous savons aujourd’hui qu’aucun système ne peut être considéré comme totalement isolé à moins d’englober l’Univers dans son entier; nous sommes donc encore loin du bout du voyage, nous n’avons même pas encore réussi à nous affranchir des contraintes qui nous lient au minuscule caillou perdu dans l’immensité de l’espace interstellaire sur lequel nous évoluons. Nous vivons à l’échelle planétaire une époque qui s’apparente à celle qu’a connu l’Europe à la fin du Moyen-Age.

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Paradis perdu

Le mot paradis nous vient du grec. Xénophon l’emploit pour la première fois lorqu’il a l’occasion de visiter les jardins du roi Perse Cyrus Ier  à Sardes, en Asie mineure, à la toute fin du quatrième siècle av JC.  Ils sucitent son émerveillement car ils évoquent certainement pour lui ce à quoi le monde devait ressembler du temps de l’âge d’or dont parle la mythologie. A cette époque idyllique, tout était censé pousser sans qu’il n’y ait besoin de se fatiguer à travailler la terre, là ce sont des esclaves qui se chargent de ce dur labeur, ce qui revient au même pour le maître des lieux. Il transpose alors dans sa langue le mot Avestique que les perses utilisent pour décrire le l’endroit, « pairi-daeza » qui sigifie espace fermé, qu’il adapte en paradeisos. Dès lors, ce mot désignera un jardin entouré de murs.

Cette forme de culture existe depuis au moins 4000 ans av JC, elle a vu le jour grâce aux techniques d’irrigation mises au point par les Sumériens en Mésopotamie. Ils devaient leur prospérité à la culture des céréales qu’elles permettent dans cette région aride, moins bien lotie que l’Egypte antique. La minéralisation des sols qui résulte de l’évaporation sous ce climat finira par provoquer leur déclin en raison de la baisse dramatique des récoltes due à ce phénomène qui stérilise la terre. Elles ont par ailleurs permis, grâce à l’invention de la vis d’Archimède, la réalisation de l’une des sept merveilles du monde antique, les jardins de la reine Sémiramis, plus connus sous le nom de « Jardins suspendus de Babylone » (ils se situeraient plutôt du côté de Ninive selon certains archéologues).L’absence de minerai de fer est l’autre facteur qui amenera cette grande civilisation de l’âge de bronze à péricliter. Le centre de la culture se déplacera alors plus à l’ouest, dans le bassin méditerranéen. La notion de Jardin d’Eden de la bible hébraïque provient certainement de ce que le peuple juif réduit en esclavage a vu lors de son exil à Babylone, suite à la victoire de Nabuchodonosor II sur le royaume de Juda, période qui correspond à la rédaction du Pentateuque dont la Genèse constitue la première partie.

Par la suite, la tradition du jardin s’est largement perpétuée dans le monde musulman. Le Coran décrit la paradis comme des jardins dans lesquels coulent des rivières où ceux qui auront acquis par leur comportement le droit d’y entrer trouveront un ombrage épais ainsi que toutes sortes de fruits. Cette représentation se retrouve dans la conception de monuments, tel que le Taj Mahal. Le mausolée est en effet construit face à un bassin peu profond, large et étroit, où l’eau circule comme dans une rivière. Il permet à la fois au bâtiment et au ciel de s’y refléter. Il est bordé par des allées plantées de gazon, de buissons, d’arbres et de fleurs auxquels il est censé apporter de la fraîcheur. De nombreuses constructions suivent ce schéma, on le retrouve même plus modestement dans les cours intérieures des habitations au centre desquelles se trouve une pièce d’eau, souvent une simple fontaine, entourée de quelques plantes qui poussent généralement en pots.

En Europe, ce sont les romains qui ont amené cette forme de civilisation. Au Moyen Age, la tentative de recréer le paradis sur Terre s’est incarnée dans les jardins de curés. Ils devaient tout à la fois être esthétiquement beaux, c’est pourquoi des fleurs y étaient cultivées, mais aussi fonctionnels. Ils devaient être à même de produire une grande variété de fruits, légumes et autres herbes aromatiques, mais ils avaient encore une autre dimension. Ils devaient aussi fournir les plantes médicinales qui permettent de soigner la population, voire d’empoisonner les importuns si le besoin s’en faisait sentir. Ainsi certaines études attribuent-elles la baisse de la natalité constatée à cette période à l’emploi de plantes abortives. Ces jardins regroupaient alors tous les attributs divins qui devaient assurer le bien être aux gens. (les sorcières sont nées de ce que  l’église a voulu s’accaparer l’exclusivité de ces pouvoirs)

En ce qui concerne l’Orient, la civilisation de la vallée de l’Indus  semble avoir suivi le même chemin que celui de la Mésopotamie avec laquelle elle avait de nombreuses relations commerciales. Vers 1800- 1700 av JC, les textes mésopotamiens cessent de parler d’échanges avec cette partie du monde civilisé. Le déclin pourrait être dû à un brusque changement climatique qui a rendu trop aride cette valée naguère verdoyante. Ce phénomène a pu être causé par des tremblements de terre qui ont changé la distribution du réseau hydrographique et détourné les eaux qui se déversaient dans l’Indus vers le Gange. Une partie de la population qui ne pouvait plus produire suffisamment pour subsister a suivi ce mouvement. Suite à cette migration de la civilisation vers l’est, les indusiens ont certainement dû se tourner vers le commerce avec la Chine voisine. L’âge de bronze ne prend vraiment son essor qu’après 1700 av JC dans ce pays. Il n’y a pas à douter que si les chinois ont su s’inspirer des techniques indiennes pour développer leur propre industrie des métaux, ils ont aussi su importer leurs méthodes d’irrigation, jusqu’à transformer certaines régions en gigantesques jardins par l’intermédiaire des cultures en terrasse que nous pouvons encore voir de nos jours. A partir de là, la civilisation portée par les jardins a pu migrer vers le Japon où elle a atteint des sommets de raffinement.

Aujourd’hui nous ferions bien de nous inspirer de ces exemples si nous voulons que notre prospérité soit assurée dans l’avenir.

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